Ballon d’Or : un dommageable retour en arrière

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C’est désormais officiel, après un partenariat qui aura duré six saisons, le Ballon d’Or reprend son indépendance dès cette année, l’accord entre France Football et la FIFA n’ayant pas été reconduit. L’hebdomadaire français organisera donc seul l’attribution des prochaines éditions.

Ça n’aura pas duré bien longtemps. Après seulement six éditions, le Ballon d’Or redevient donc la propriété exclusive de France Football puisque la FIFA n’a, semble-t-il, pas souhaité continuer à en partager l’organisation. Si cette évolution devrait occasionner un retour en arrière sur les modalités d’attributions de la récompense, est-ce véritablement un pas en avant ?

Qu’est-ce que ça change ?

Ce retour à l’indépendance représente un retour aux sources pour l’institution qui va voir son collège de votants revenir à sa structure originelle. Exit les capitaines et les sélectionneurs, les journalistes retrouveront l’ensemble de leurs prérogatives et désigneront seuls le lauréat.

Ces changements, salués par de nombreux observateurs, sont censés mettre un terme à de soi-disantes injustices en effectuant un retour à la source. Reprenons les griefs régulièrement retenus contre le Ballon d’Or version FIFA.

Un ballon d’Or récompensant principalement le palmarès ? Un contre sens !

Le principal reproche fait au Ballon d’Or FIFA était le manque de prise en compte du palmarès du joueur, sur l’année, dans les critères de vote. Nombreux étaient les opposant arguant que le football étant un sport collectif, la récompense suprême devait aller au meilleur joueur de la meilleure équipe, du moins celle ayant soulevé les trophées majeurs.

C’est à mon sens une aberration ! Les récompenses à un collectif sont justement les trophées et les titres ! Le Ballon d’Or est une récompense individuelle, il doit aller au meilleur joueur, indépendamment de la manière dont il est entouré. Le Ballon d’Or doit sacrer le meilleur joueur sur l’année pas mettre en avant ses partenaires.

L’une des principales polémiques ces dernières années aura été l’attribution en 2014 de la récompense à Cristiano Ronaldo plutôt qu’à un champion du monde allemand. Or l’Allemagne a justement triomphé sur sa force collective et il était très difficile de ressortir une individualité. L’équipe de Joachim Löw n’avait aucune faille, des références mondiales à presque tous les postes mais sans doute pas de superstar. Objectivement, sur cette saison, tous les entraîneurs du monde auraient préféré avoir le Portugais dans leur équipe plutôt que n’importe quel joueur de la Manschaft.

Vouloir à tout prix récompenser un joueur de la meilleure équipe, c’est aller contre une idée fondatrice du football selon laquelle la force collective peut triompher contre le talent individuel. Une équipe peut remporter des titres sans avoir dans ses rangs le meilleur joueur du monde ! Dès lors, pourquoi vouloir absolument remettre le Ballon d’Or à l’un de ses membres ?

Cette volonté de mettre en avant le joueur ayant remporté la compétition majeure de la saison a, de surcroît, parfois abouti à des vainqueurs insolites et immérités, particulièrement les années de Coupe du Monde. Rossi titré en 1982 et Ronaldo en 2002 alors qu’ils n’ont presque pas joué de la saison mais surtout Fabio Cannavaro. Récompensé en 2006, le défenseur italien est certainement la plus grosse escroquerie au palmarès. Incapable de ressortir une individualité de l’équipe italienne, le jury avait absolument tenu à récompenser un transalpin et avait donc titré le capitaine azzurro, pourtant pas vraiment un joueur inoubliable… Quand on se souvient des saisons plus qu’accomplies d’Henry ou Ronaldinho en 2006, il y a de quoi crier au scandale.

La fin du copinage ? On peut en douter.

Deuxième reproche communément fait aux dernières attributions : une certaine collusion entre votants et lauréats. En ouvrant le vote aux sélectionneurs et capitaine de sélections, on permettait à des acteurs directs du monde du football de récompenser l’un des leurs. De là à penser que certains préféraient donner des points à un copain plutôt que de faire preuve d’objectivité, il y a un pas que beaucoup n’hésitent pas à franchir.

Alors oui, bien sûr, entre Ronaldo et Messi, le capitaine de l’Espagne Sergio Ramos fera fait le choix du cœur en faveur de son partenaire de club quand Neymar, capitaine de la Seleçao, privilégiera son compère de la MSN. Mais ces exemples sont à la marge. Avec l’impossibilité pour capitaines et sélectionneurs de choisir un membre de leur sélection, ce copinage est limité et la très large majorité d’entre eux accordent leur suffrage au joueur qui les impressionnent le plus. Leur légitimité est, à ce titre, indéniable. Un entraîneur choisira généralement le joueur qu’il aimerait avoir dans son équipe et un capitaine, celui qu’il a le plus de crainte à affronter.

De plus, penser qu’un corpus de journalistes aura plus d’objectivité semble bien naïf. Nombre d’entre eux connaissent bien les joueurs et créent des liens avec certains qu’ils apprécient particulièrement. Ces rapports amicaux rentrent bien évidemment en ligne de compte au moment de voter. Donnez une voix à Pierre Menès, il votera immanquablement pour Thierry Henry.

Enfin, comment mettre de côté la nationalité ? Un journaliste a tout intérêt à ce qu’un joueur de son pays rafle la mise. Pour des raisons affectives d’une part mais également pour des raisons plus triviales de répercussions économiques. L’Attribution d’un Ballon d’Or a une incidence directe sur le tirage des journaux et l’audience des chaînes et sites sportifs. Ainsi, les éditions 2003 et 2004, respectivement attribuées à Pavel Nedved et Andreiy Shevchenko sont clairement marquées par l’ouverture des votes au journalistes d’Europe de l’est qui ont massivement soutenus leurs ressortissants. S’ils n’étaient pas les premiers venus, ils étaient ces années là tout sauf indiscutables…

Un trophée porté vers l’attaque ? Et alors !

Dernière critique revenant régulièrement chez les défenseurs du vote des journalistes : le Ballon d’Or serait devenu la chasse gardée des joueurs offensifs. C’est vrai mais où est le problème ?

Si je ne sous-estime pas les défenseurs, les meilleurs footballeurs (ceux qui font les différences, qui marquent leur époque et font gagner les titres) sont les artistes. Meneurs de jeu ou buteurs, ils sont ceux qui maîtrisent le mieux le ballon. Si la défense est avant tout une affaire collective, on peut défendre parfaitement avec des joueurs médiocres, il en est tout autrement de l’attaque. Sans individualités, pas de salut !

Arsène Wenger le résumait parfaitement en indiquant mettre toujours son meilleur joueur en pointe puisque plus on se rapprochait du but adverse, plus les espaces se resserraient et plus il fallait être juste techniquement.

Intrinsèquement, les meilleurs joueurs sont donc aux avant-postes. Dans une carrière on peut redescendre sur le terrain jamais remonter. Nombre de défenseurs professionnels ont commencé attaquants avant de reculer au fur et à mesure que la concurrence s’élevait. Le football c’est avant tout mettre des buts et les joueurs qui le permettent par la création ou la finition sont à mettre en lumière.

Qui se souviendra du rugueux Matthias Sammer, récompensé en 1996 ? A côté des Baggio, Stoichkov, Zidane, ou Van Basten, il fait figure d’intrus, d’anomalie dans le palmarès des années 90. Sacré suite à la victoire allemande à l’Euro, il me semblait moins légitime que Ronaldo ou Alan Shearer, ses poursuivants immédiats…

Une lassitude de la rivalité Ronaldo/Messi

Finalement, ces critiques pourraient se résumer en une seule : l’agaçante omnipotence du duo lusitano-argentin. Beaucoup regrettent que les huit dernières éditions aient été confisquées par les deux rivaux. Pourtant, il n’y a rien à redire tant, depuis bientôt dix ans, le football mondial est rythmé par leur duel aussi prolifique qu’inédit.

Ils sont une jambe au-dessus de tous leurs concurrents et ont mérité chacun de leurs trophées reléguant très loin la concurrence et révolutionnant le football avec des palanquées de buts qu’on avait plus vues depuis Gerd Muller !

Franchement, et malgré tous leurs mérites, Neuer, Iniesta, Ribéry et autres Sneijder ne pouvaient rien espérer face à de tels monstres, déjà incontestables dans le Top 10 mondial de tous les temps. Et, cette année encore, quelle que soit la formule de vote, la récompense ne leur échappera pas puisqu’elle ira garnir une quatrième fois l’armoire à trophées du buteur portugais…

4 thoughts on “Ballon d’Or : un dommageable retour en arrière

  1. Une solution: limiter à 5 le nbre de BO, ainsi le jury serait oligé de voter pour un nouveau joueur.
    Ils avaient bien mis hors-concours Di Stefano en 58 !

    1. Stanley Matthews en 56, Luis Suarez en 60, Sivori en 61, Masopust en 62, Yachine en 63, Eusebio en 65, Albert en 67, etc., n’ont remporté ni CDM, ni C1, mais ont été juste récompensé pour leur talent.

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