Arrières latéraux : faiblesse française ou pénurie mondiale ?

Le dernier rassemblement des Bleus l’a confirmé avec notamment la prestation indigente de Djibril Sidibé, l’équipe de France connaît une vraie pénurie sur les côtés de sa défense. Mais est-ce une situation conjoncturelle circonscrite au football hexagonal ou le mal est plus profond ?

Soyons clairs, avec un Djibril Sidibé au niveau auquel on l’a vu face à la Colombie, les Bleus n’ont rien à espérer de cette Coupe du Monde. Complètement perdu défensivement, le Monégasque a pris le bouillon tout le match face à Luis Muriel et sera encore plus exposé face à des cadors comme Neymar, Agüero ou Asensio. Pourtant, sa place pour la Russie est réservée et il devrait même débuter le mondial car, derrière lui, c’est le désert, la concurrence n’existe pas. Benjamin Pavard, qui joue axe gauche à Stuttgart et Matthieu Debuchy, qui sort tout juste d’une longue mise au placard, représentant les seules alternatives. À gauche, où seul Benjamin Mendy, actuellement blessé, semble au niveau, ce n’est pas beaucoup plus brillant.

Bref, les ailes de la défense de l’Équipe de France inquiètent en plus haut lieu, et pas que le président Coty ! Alors que tous les autres postes dégueulent de talent, on ne compte ainsi plus les défenseurs centraux, les milieux ou les ailiers de qualités, la pénurie semble insoluble, une question récurrente dans le football français.

Un mal profond et durable

En effet, le problème n’est pas nouveau. Nombreux sont les sélectionneurs à avoir du bricoler sur ces postes et rares sont les spécialistes à avoir mis tout le monde d’accord. Alors que les grands joueurs ne manquent dans la longue histoire de l’équipe de France et qu’énumérer des gardiens, des meneurs ou des attaquants de légende ne présente aucun souci, la mémoire semble bien vite se tarir au moment d’évoquer ces postes particuliers. On évoquera difficilement Bixente Lizarazu, Manuel Amoros, Willy Sagnol voire Jocelyn Angloma et… c’est à peu près tout !

Les grandes équipes de France ont très souvent fait appel à des défenseurs centraux pour dépanner et faire le nombre sur un côté. Maxime Bossis en 1982 ? Lilian Thuram En 1998 ? Eric Abidal en 2006 ? Des axiaux reconvertis pour le bien de la patrie. Même si ce dernier a finalement pris goût au poste et y a fait une grande partie de sa carrière en club, le constat reste implacable, alors que la France possède une grande tradition de grands défenseurs centraux, la réciproque est loin d’être vrai sur les côtés. Il suffit de se souvenir que, dans un passé pas si lointain, Emmanuel Petit, William Gallas et même Franck Jurrietti ont occupé l’aile gauche de la défense tricolore…

Ce constat se vérifie d’ailleurs dans les catégories de jeunes. Rien ne vous choque dans cette composition de l’équipe de France espoirs ? Avouez-le, comme moi vous connaissez tout le monde à part les deux latéraux… Non pas qu’ils soient mauvais mais leur expérience est tout de même très légère en comparaison de celle de leurs partenaires qui sont tous installés dans de gros clubs de Ligue 1 ou internationaux. D’ailleurs Jonathan Bamba, Jean-Kevin Augustin et Moussa Dembele, pourtant respectivement titulaires à Saint-Étienne, Leipzig et Glasgow, ne doivent leur place qu’au surclassement chez les A de Coman, Dembele et Mbappé. Bref, la pénurie ne semble pas prête de s’arrêter.

L’exception brésilienne

Si l’on peut donc légitimement se poser la question de la qualité de la formation française à ces postes, ne nous y trompons pas, l’herbe n’est pas vraiment plus verte ailleurs. À y regarder de plus prêt, c’est tout le football mondial qui paraît impacté. D’ailleurs, si l’on s’amuse à chercher le maillon faible des vainqueurs des grandes compétitions internationales, ce sont encore les latéraux qui cotisent ! Portugal 2016 ? Cedric, arrière droit. Allemagne 2014, Jonas Hector, arrière gauche. Espagne 2008-2010 ? Juan Capdevila, arrière gauche. Italie 2006 ? Fabio Grosso, arrière gauche. On pourrait continuer comme ça longtemps… À l’exception des victoires brésiliennes, le constat est implacable.

Car oui, s’il y a un pays où la culture du latéral existe et où ces joueurs ne sont pas les parents pauvres du jeu, c’est bien chez les Auriverde. De Nilton Santos à Marcelo en passant par Carlos Alberto, Cafu ou Roberto Carlos, les meilleurs spécialistes du poste viennent inexorablement du pays carioca. Leur réservoir sur les côtés semble inépuisable et ils seraient au moins cinq ou six de chaque côté à pouvoir tranquillement intégrer les Bleus. Vous ne me croyez pas ? Alors faisons le compte ! À gauche, Marcelo, Sandro, Alex Telles, Filipe Luis, Wendell, Dalbert, Jorge, Dalbert ou Marçal sont supérieurs à Kuzawa et à droite Dani Alves, Danilo, Bruno Peres, Rafinha, Rafael ou Mariano feraient tranquillement le match avec Pavard ou Debuchy.

Les techniciens européens ne s’y trompent d’ailleurs pas. Devant la raréfaction des talents, ils sont plus d’une trentaine de latéraux brésiliens à être titulaires dans un club du vieux continent. Les prix proposés pour ces postes montrent d’ailleurs bien l’étendue du problème, il a suffi d’une saison de haute facture à Benjamin Mendy pour être acheté près de 60 M€ ! Même tarif pour l’Anglais Kyle Walker, pourtant pas une assurance tout risque sur son côté, ou pour le brésilien Danilo. À ces prix-là, va t-on enfin voir les clubs français faire de la formation de ces joueurs une vraie priorité ?

Un poste hybride mal préparé

Car tout le problème est là, dans la culture footballistique, le mal est tenace, le latéral est là pour faire le nombre. Pour votre foot du dimanche ou pour un match de Champion’s League même combat, c’est sur les côtés de la défense que l’on plaçait systématiquement le joueur le moins performant. Pas assez fort techniquement pour jouer plus haut, pas assez fort physiquement ou tactiquement pour évoluer dans l’axe, le latéral était tout sauf un poste sexy. Espèce d’hybride pas vraiment valorisé, il n’entrait pas vraiment dans les priorités des techniciens et donc des formateurs.

Dès lors, la très grande majorité des latéraux sont soit des ailiers redescendus, soit des centraux écartés et ce même au plus haut niveau. Benjamin Pavard et Lucas Hernandez, alignés contre la Russie, en sont le dernier exemple en date. Il n’y a finalement que très peu de formation spécifique au poste et c’est un vrai tord tant il exige une palette large et des qualités précises. À l’heure où les meilleurs joueurs du monde se trouvent sur les côtés, persister à ne leur opposer que des joueurs recyclés est presque du suicide ! Comment croire que si un joueur n’est pas assez fort pour défendre sur Messi dans l’axe, il arrivera à le faire sur un côté où ce dernier bénéficie d’encore plus d’espace ? C’est complètement illusoire.

Et en plus on leur demande d’être efficace en zone offensive, de dédoubler, de centrer et même parfois de marquer. Ce poste requiert désormais d’être un marathonien doublé d’un technicien en attaque et d’un tacticien en défense, c’est une vraie gageure ! Un poste aussi singulier réclame un apprentissage adapté dès le début de la formation, ce qui est encore malheureusement loin d’être le cas partout et surtout une plus grande reconnaissance pour donner envie aux plus talentueux de s’y atteler.

En attendant que la formation française, si efficace par ailleurs, se mette au diapason du Brésil sur ce poste, il va falloir parer au plus pressé car la Coupe du Monde commence dans moins de trois mois. Arrêtons de demander la lune, de chercher la perle rare et remplaçons Sidibé par un joueur, même frustre, qui sait défendre car c’est là que commence le football. Et puis, qui sait, même Tutu a, un jour de juillet 1998, réussi à planter un doublé.

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